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Apprendre à communiquer de manière non-oppressive en langue française

Notre utilisation du langage peut invisibiliser, exclure, blesser même sans volonté de notre part si on ne prend pas conscience de la manière dont la langue peut reproduire des stéréotypes et des discriminations.

La langue est piégée, Neg Lyrical

«Le terme noir n’est pas neutre. Il est issu du symbolisme moral de la dichotomie noir/blanc. Il n’a rien à voir avec une analyse chromatique précise. Les noir-e-s n’ont pas la peau de couleur noire et les blanc-he-s ne sont pas blanc-he-s. Les personnes d’ascendance négro-africaine, en Afrique ou ailleurs, ont des peaux qui varient du plus foncé au plus clair, les cheveux plus ou moins crépus, avec des traits plus ou moins communément reconnus comme négroïdes. Il n’y pas de vrai ou de faux noir. » Cases Rebelles, Qui est noirE ?

Nous vivons dans une société qui a des normes et des règles sociales qui ne traitent pas tous les individus de la même manière. Ces normes et ces règles sociales, nous les connaissons, nous les reproduisons de manière conscientes ou inconscientes parce qu’on les a assimilées par notre éducation et par notre socialisation.
Dans ce qui va suivre, je vais partir du constat suivant, que je considèrerai comme admis :

  • notre société est patriarcale (c’est-à-dire que la majorité du pouvoir est aux mains des hommes),
  • postcoloniale et raciste (c’est-à-dire que le pouvoir est concentré aux mains des blanc-hes),
  • validiste (c’est-à-dire qu’y être valide est la norme),
  • hétérosexiste (l’hétérosexualité est la norme),
  • cissexiste (s’identifier au genre que l’on nous a assigné à la naissance est la norme),
  • psychophobe (les personnes souffrant de maladie mentale sont discriminées),
  • grossophobe (discriminations envers les personnes dites « en surpoids » par rapport aux normes de minceur),
  • classiste (discrimination des classes en bas de l’échelle sociale),
  • putophobe (discrimination des prostituées),
  • spéciste (les êtres humains sont considérés supérieurs aux autres espèces animales, ce qui leur octroient notamment le droit de les faire souffrir et de les tuer en toute impunité),
  • etc.

Cela fait beaucoup de mots et de concepts, et le but de cet article n’est pas d’expliquer en détails les tenants et les aboutissants de chaque mécanique oppressive. Mais pour celleux pour qui tout cela semble un peu nébuleux, je commencerai par illustrer ces différents points en montrant comment ces discriminations et ces normes s’expriment dans notre langage de tous les jours à travers quelques exemples choisis.
Et je rajoute ici un lien vers la conférence gesticulée de Pablo Seban qui est passionnante et qui s’intitule Mes identités nationales, et notamment son explication de la mécanique raciste/sexiste/homophobe/etc dans cet extrait :

 

Mes Identités Nationales, 3/9 : La mécanique raciste, Pablo Seban

Je développerai ensuite un thème en particulier qui est celui de la masculinisation de la langue française, pour montrer comment on a construit certaines règles de grammaire et un certain vocabulaire pour masculiniser la langue française au fil des siècles.
Avec cet angle d’approche, je souhaite illustrer comment la langue évolue et se construit de manière politique – et qu’il est donc aussi possible de se la réapproprier et de l’adapter. Et ceci sera la motivation du dernier point que je compte aborder, à savoir une série d’astuces et de recettes pour adapter la langue, commencer à faire attention aux mots et aux expressions que l’on utilise, faire évoluer son vocabulaire pour utiliser un lexique moins oppressif.

1. Constat : petit tour d’expressions problématiques

« Madame le président »

Au lieu de madame « la présidente ». A titre d’anecdote, et pour souligner ce qui se joue derrière ces expressions, j’ai eu un jour un échange avec une personne qui parlait d’une femme « directeur en entreprise ». Alors qu’il me regarde avec étonnement lorsque je le reprends au vol en précisant « directrice », je lui demande s’il emploie l’expression « directrice d’école », ce à quoi il me répond par l’affirmative. Ce n’est donc pas le mot « directrice » qui pose problème, mais bien son utilisation dans un contexte masculinisé de pouvoir.

Un argument qui revient souvent contre la féminisation des noms de profession est d’ailleurs celui de dire qu’il n’existe(rait) pas de noms féminins car il n’y a pas (ou peu) de femmes dans le métier. Or l’accès à un certain nombre de métiers et de postes – soit genrés au masculin, soit de responsabilités et de pouvoir -, est justement refusé ou découragé chez les femmes. Si l’on refuse de féminiser certains noms, il s’agit donc bien d’un processus participant à l’invisibilisation et au rejet des femmes dans certains domaines. Je reviendrai plus tard sur cet argument.

« Elle est black. »

Sur le blog Pensées En Blancs Cassées, un article écrit par Kel Lam intitulé L’utilisation du mot « Black » pour les Noir-e-s de France : une insulte sans nom détaille plusieurs arguments pour expliquer pourquoi l’utilisation du mot « black » est problématique. L’article vaut bien sûr le coup d’être lu en entier, mais en voici ici un extrait :

« A la question posée (aux personnes Noir-e-s et non Noir-e-s) : Pourquoi dis-tu « Black » ?  La réponse (des Noir-e-s et non Noir-e-s) est souvent : Parce que ça fait mieux, parce que c’est plus stylé, parce que ça fait moins raciste, parce que ça fait plus américain, parce que ça fait plus cool…

Il est de coutume républicaine française de ne pas désigner une personne par sa couleur de peau, de peur de créer des divisions, d’effectuer des catégorisations de la société parce que la République Française se veut « Une et Indivisible ».  Elle se voit comme une société abstraite où nous serions tous des personnages hybrides, identiques, abstrait, laïque et égaux où les questions de race, de classe, de sexe (et tout autre question) n’existeraient pas. Une société qui a l’air d’être tout droit sorti d’un film d’horreur cauchemardesque invisibilisant toutes les personnes discriminées par l’ensemble de ces questions.

[…]

Dire qu’une personne est noire, blanche ou métisse n’est pas raciste. Bien que la race soit une construction résultant de la traite négrière, la question raciale est aujourd’hui un fait que nulle ne peut nier. Du moins, elle est une réalité forcée pour ceux pour qui la race est centrale au quotidien: les racisé-e-s. »

« Fais pas ton juif ! »

Cette expression pour signifier que quelqu’un est radin, et qui par extension est utilisé à toutes les sauces pour parler de quelqu’un qui ne fait pas ce que l’on voudrait, repose sur un stéréotype selon lequel les juifs/ves seraient radin-e-s, seraient obnubilé-e-s par l’argent. De là à continuer sur l’idée selon laquelle les juifs auraient plein d’argent, contrôleraient les secteurs lucratifs comme la finance et les médias et autres stupidités complotistes antisémites, le pas est facile à faire.

Ainsi, cette expression que certain-e-s défendent comme étant de la langue courante, a pour origine un stéréotype qui n’est absolument pas inoffensif. Que cette expression soit dans la langue courante est d’ailleurs le signe même que l’antisémitisme est toujours vivace, qu’il est « courant » lui aussi…

« Elle est complètement schizo ! »

Et autre « débile », « triso », « taré », « mongol », « parano » etc. Ces mots sont utilisés couramment en tant qu’insultes ou pour qualifier certains comportements. Sauf qu’il s’agit à l’origine de termes pour désigner des maladies mentales qui ont une définition médicale et surtout implique des réalités vécues fort différentes pour les personnes ainsi qualifiées.

Un article intitulé Pourquoi est-ce que « espèce de débile ! » n’est pas une insulte à utiliser tranquilou sur le blog Coups de gueule de Lau explique en quoi certaines insultes sont problématiques.
Outre le fait qu’elles peuvent blaisser directement les personnes à qui ont s’adressent (peut-être souffrent-elles de cette maladie, peut-être leurs proches, vous n’en savez rien), elles reproduisent et entretiennent une vision péjorative sur les personnes souffrant de maladie mentale :

« En effet, si « débile » est une insulte, donc ça veut dire que « être débile » (= avoir un handicap mental), c’est quelque chose de mal, de honteux, de dévalorisant. Cette vision dévalorisée du handicap et de la maladie mentale, elle fait son petit bout de chemin à chaque fois que quelqu’un traite son pote (ou son pas-pote, d’ailleurs) de débile.

C’est insidieux, ça n’a l’air de rien, c’est juste une petite goutte d’eau en plus qui vient s’ajouter à toutes les petites gouttes d’eau.

Goutte d’eau après goutte d’eau, on amène dans l’esprit des gens un état d’esprit, un positionnement vis-à-vis du handicap ou de la maladie mentale qui est plein de dégoût, de peur, de préjugés, d’incompréhension et de rejet. »

« C’est vraiment le souk/bazar. »

Le souk, en arabe, c’est un marché forain hebdomadaire. L’article Wikipédia français précise : « Par analogie, un souk désigne aussi un lieu où règne le désordre, le bruit. » Dans la même veine, on utilise aussi l’expression « c’est le bazar », qui vient du persan, pour désigner un marché ou un ensemble de magasins. Etonnement, on ne dit jamais « c’est la brocante » ou « c’est le marché » par analogie, ce qui souligne le caractère raciste de ces termes utilisés ici péjorativement.

Variante putophobe : « c’est vraiment le bordel. »

« On n’est pas chez les ploucs ici. »

« Ploucs », à l’origine, désigne péjorativement les paysans bretons, et par extension aujourd’hui les campagnards et les paysans en général supposés être « frustres », « rustres ». Il s’agit d’une expression classiste, semblable à « péquenaud » ou plus explicitement encore, « cul-terreux ».

« C’est un vrai enculé. »

Et autres « pédé », « tapette », « pédale » sont des termes insultants pour désigner des hommes homosexuels. L’idée derrière, comme l’explique très clairement Gaëlle Krikorian dans son texte Vous avez dit « enculé » ? re-publié sur le site Les Mots Sont Importants est de rabaisser et humilier la personne insultée, avec des termes qui « porte la marque de la passivité, de l’infériorité. »

«  A ce stade on m’assure « mais, je n’ai rien contre le pédés », « je ne suis pas homophobe », « je ne le dis pas dans ce sens ». Il n’y a pas de bon sens en la matière. Si vous n’êtes pas homophobe, n’utilisez pas les mots qui servent à désigner les homosexuels comme insulte, parce que cela convoque nécessairement cet imaginaire homophobe (et sexiste). Utiliser les références de l’homophobie, c’est (re)produire de l’homophobie. Et activer cet imaginaire, c’est l’entretenir.

[…]

Les modalités de l’insulte traduisent les hiérarchies sociales voulues et construites par une norme. Enculé, pute, salope, connasse, chienne, fiotte, tarlouze, il s’agit de rappeler la position dominante du mâle viril au sommet de la pyramide, et celle des autres au-dessous. Chacun peut contribuer à produire et renforcer cette conception de la société : des hommes hétérosexuels, naturellement, mais des femmes également, des homosexuels pourquoi pas, n’importe qui faisant entre autre le choix de l’emploi de ces insultes. »

2. Le langage est politique

Franck Lepage, dans sa conférence gesticulée Inculture(s) 1 – La culture : « L’éducation populaire, monsieur, ils n’en ont pas voulu », raconte une anecdote significative sur l’évolution de l’usage des mots et leur portée en expliquant que, dans les années 68, les pauvres étaient appelé-e-s des « exploité-e-s », alors qu’aujourd’hui illes sont désigné-e-s avec le terme « défavorisé-e-s ».

 

Les mots pour se représenter la réalité sociale, Franck Lepage

La masculinisation de la langue

Nous sommes beaucoup à connaître la règle de grammaire : « le masculin l’emporte sur le féminin. » Pour cette partie, je reprend un petit livre qui est sorti en 2014 qui s’intitule Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! Petite histoire des résistances de la langue française écrit par Eliane Viennot, professeure en littérature française de la Renaissance, historienne des « femmes de l’ancienne France ».
Eliane Viennot part d’un premier constat qui est le suivant : il n’y a pas besoin de féminiser la langue française ; c’est plutôt qu’il faut mettre un terme à sa masculinisation. Dans son livre, elle s’attache à montrer comment la langue française a été masculinisée, comment les formes féminisées – au même titre que les femmes dans l’histoire – ont été invisibilisées, effacées, combattues. La masculinisation de la langure française est d’abord un processus politique avant d’être un processus linguistique.

Elle a donné plusieurs conférences sur le sujet, donc celle-ci très complète :

 

Féminiser la langue française, Eliane Viennot

(je résume certains éléments dans la suite de ce texte, à partir du livre).
Jusqu’à la fin du XVIe siècle, la cause des femmes est surtout discutée sur le champ politique : les femmes peuvent-elles gouverner, ne pas obéir à leur mari, faire les mêmes métiers que les hommes ? Toutes ces questions se posent dans un contexte où sont en train de se former les Etats modernes, qui ouvrent un certain nombre de positions dans la « fonction publique » qui doivent être pourvus. Les hommes chrétiens, et plus tard les laïcs, se les approprient en passant par des lieux de transmission des savoirs que sont les universités, tandis que les femmes et les juifs/ves en sont écarté-e-s.

Ejectée du champ politique, la cause des femmes investit le champ du savoir, et donc de la langue. Mais les femmes doivent-elles accéder au savoir ? Le succès littéraires de plusieures autrices, qui restent moins nombreuses que leurs homologues masculins mais dont leurs œuvres sont lues et reconnues comme des ouvrages d’excellence, pose la question de l’égalité des genres. La même question dans le champs politique est soulevée par le rôle notoires des femmes à la Cour.

En 1632, on pouvait lire Antoine Oudin, qui écrivait dans sa Grammoire française rapportée au langage du temps :

« Tous les noms de dignités et d’offices appartenants à l’homme sont masculins : pape, évêque, empereur, roi, comte, conseiller, avocat, procureur, licencié, marchand, etc. »

De même, sont féminins les noms :

« d’offices et conditions appartenantes aux femmes : reine, comtesse, duchesse, abbesse, none, conseillère, barbière, etc. »

Les noms de profession et les titres sont donc forcément rapportés au genre de la personne qui les exerce.

Mais un processus d’effacement de la marque du féminin s’engage. En 1689, Nicolas Andry de Boisregard écrit dans Réflexions sur l’usage présent de la langue françoise :

« Il faut dire cette femme est poète, est philosophe, est médecin, est auteur, est peintre ; et non poétesse, philosophesse, médecine, autrice, peintresse, etc. »

Certains termes perduront malgré tout dans la langue populaire. E. Viennot note que les métiers visés dans la citation d’Andry de Boisregard sont ceux qui importent à la clergie.
Autre exemple : l’emploi du terme « autrice », qui est l’objet d’une offensive particulière et finalement établi comme incorrect par l’Académie française en 1762, mais toujours revendiqué par des auteur-ice-s pendant les décennies qui suivent.
La question est politique plutôt que linguistique. Sylvain Maréchal écrit dans Projet d’une loi portant défense d’apprendre à lire aux femmes (1801) :

« Pas plus que la langue française, la raison ne veut qu’une femme soit auteur. Ce titre, sous toutes ses acceptions, est le propre de l’homme seul. »

Mais pourquoi continuer à employer un mot masculin pour une profession occupée par une femme ? Bescherelles, auteur de la fameuse Grammaire nationale qui est destinée à l’enseignement public jusque dans les années 1870 sort la carte de l’exception française :

« En France, l’ironie est féminine, parce que le masculin est toujours noble dans son emploi. Du reste, l’ancienne grammaire avait admis cette vérité en lui donnant cette forme si connue : Le masculin est plus noble que le féminin. »

Eliane Viennot conclut :

« Sauf exceptions bien sûr, on continuera d’employer des substantifs masculins pour parler des femmes, en croyant de plus en plus que « en France, c’est comme ça. » Quitte à infliger le même sort aux mots qui dépendent de ces substantifs (articles, pronoms, adjectifs, participes), et donc à occulter totalement le sexe de la personne dont on parle, ou à provoquer la surprise au bout de quelques lignes. Ou quitte à multiplier les fautes de français, en mettant dans la même phrase certains mots au masculin et certains au féminin (Madame le maire est sortie, le professeur est arrivée…). »

Par ailleurs, l’accord de proximité était jadis la règle ayant cours, c’est à dire que l’adjectif s’accorde en genre et en nombre avec le substantif le plus proche. Mais dans un processus de soit-disant « simplification de la langue », il conviendrait de corriger la phrase : « Ce peuple a le cœur et la bouche ouverte à vos louanges. »  ou encore ce vers de Racine : « Mais le fer, le bandeau, la flamme est toute prête. »

Au XVIIe siècle plusieurs auteurs, dont Dupleix et Vaugelas, argumentent grosso modo :

« Parce que le masculin est le plus noble, il prévaut seul contre deux ou plusieurs féminins, quoiqu’ils soient plus proches de leur adjectif. » (Dupleix)

L’usage se maintient cependant pendant encore deux cent ans : les résistances s’entendent notamment en raison de l’étrangeté du son « à l’oreille ». La règle « le masculin l’emporte sur le féminin », note Eliane Viennot, semble être un raccourci oral car elle ne se trouve dans aucune grammaire de la fin du XIX et XXe siècle.

Une guerre semblable se livre sur l’accord des participes présents. Les participes présents se déclinaient en nombre et en genre comme les participes passés et les adjectifs. Par exemple, on disait :

« Madame X demeurante rue Neuve et étante en bonne santé. »

E. Viennot analyse également la question des pronoms, des genre des noms des êtres inanimés, et des conseils techniques et exemples sexistes et misogynes qui peuplent les grammaires.

A propos, cette histoire de l’accord de proximité est amusante, parce qu’en cours de français lorsque l’on étudie des textes du Moyen-Age et de la renaissance, je ne me souviens pas que l’on nous ait parlé de cette règle de proximité, et que cela m’ait empêché-e de comprendre les textes.

« Défendre la langue française » : mais la langue de qui ?

L’un des arguments souvent avancés contre les personnes qui souhaitent sortir de ses règles et se (ré)-approprier leur langue est celui de la « défense de la langue française ». On retrouve cet argument à des sauces différentes : sexistes, racistes, classistes.

  • Féminiser des noms de professions, comme utiliser les mots « autrice » ou « doctoresse » devient une atteinte à la soit-disant pureté de la langue française… alors que ces mots, on l’a vu plus tôt, étaient usités il y a plusieurs siècles.
  • Les banlieues soit-disant refermées sur elles-mêmes sont des « ghettos linguistiques » où « la » langue maîtrisée par ses habitants – qui peuvent des langues étrangères à la maison et ailleurs – est censée être « pauvre » en vocabulaire et approximative… Alors qu’elle peut au contraire être très riche et mixe un certain nombre de langues et d’expressions qui intègrent le langage courant. Quelques exemples avec les mutations de la langue française au contact de l’arabe maghrébin : « faire le dawa », « il ne m’a pas calculé », « vas-y », « niquer », passer l’adverbe en fin de phrase : « il a niqué son examen carrément », etc.
  • Pensons également à la richesse de l’argot (la langue des voleurs, des prostitués ou des professions) sur le plan lexical en citant comme exemple un extrait de l’Essai sur l’argot de 1844 d’Honoré de Balzac :

«  Donc, avant tout un mot sur la langue des grecs, des filous, des voleurs et des assassins, nommée l’argot, et que la littérature a, dans ces derniers temps, employée avec tant de succès, que plus d’un mot de cet étrange vocabulaire a passé sur les lèvres roses des jeunes femmes, a retenti sous les lambris dorés, a réjoui les princes, dont plus d’un a pu s’avouer floué ! Disons-le, peut-être à l’étonnement de beaucoup de gens, il n’est pas de langue plus énergique, plus colorée que celle de ce monde souterrain qui, depuis l’origine des empires à capitale, s’agite dans les caves, dans les sentines, dans le troisième-dessous des sociétés, pour emprunter à l’art dramatique une expression vive et saisissante. […]

la paille est la plume de Beauce. Le mot minuit est rendu par cette périphrase : douze plombes crossent ! Ça ne donne-t-il pas le frisson ? Rincer une cabriole, veut dire dévaliser une chambre. Qu’est-ce que l’expression se coucher, comparée à se piausser, revêtir une autre peau. Quelle vivacité d’images ! Jouer des dominos, signifie manger ; comment mangent les gens poursuivis ? L’argot va toujours, d’ailleurs ! il suit la civilisation, il la talonne, il s’enrichit d’expressions nouvelles à chaque nouvelle invention. La pomme de terre, créée et mise au jour par Louis XVI et Parmentier, est aussitôt saluée par l’argot d’orange à cochons. On invente les billets de banque, le bagne les appelle des fafiots garatés, du nom de Garat, le caissier qui les signe. »

Ainsi, la langue française que certain-e-s se targuent de défendre est surtout la langue des dominant-e-s : la langue des hommes, la langue des blanc-hes, la langue des riches.

Une arme de domination

Enfin, avant d’entamer la troisième partie, je souhaite expliciter l’un des parti-pris de cet article : jusqu’ici, j’ai surtout parlé des aspects politique soit à l’intérieur de la langue française, soit des apports extérieurs d’autres langues à la langue française.
Mais il ne faudrait surtout pas oublier que la langue française a aussi été et est toujours un moyen de domination et de pouvoir sur d’autres langues. Par exemple, l’imposition de la langue française dans les régions de la métropole s’est faite tardivement par le biais de l’école notamment et a entraîné la disparition quasi-totale d’un grand nombre de langues et patois dont les langues survivantes toujours parlées aujourd’hui se retrouvent souvent assez logiquement dans des régions où il existe une histoire politique autonomiste et/ou indépendantiste : le breton, le corse, le basque par exemple. Mais aussi l’occitan, le ch’ti…

Un autre cas politiquement significatif est l’imposition politique de la langue française dans des régions où sont parlées des langues créoles (c’est-à-dire des langues qui ont été créées par transformation et mélange de langues coloniales comme le français, l’espagnol, l’anglais, le portugais et de langues parlées en Afrique, dans l’Océan Indien, etc). Le français est la langue blanche socialement et politiquement valorisée et même imposée (par exemple à l’école), au détriment des langues créoles dont le nombre de locuteur-ice-s diminuent. Les langues créoles elles-mêmes sont « colonisées » par le français, lorsque des structures et éléments de syntaxe idiomatiques sont remplacés par des structures françaises.

Pour en savoir plus : Le créole, cette langue orpheline et Qu’est-ce que la culture créole ? par Raphaël Confiant.

NB : merci à Thomas pour ses réflexions et son aide précieuse pour éclaircir certains points sur les relations entre français et langues créoles.

3. Astuces et recettes pour adapter la langue

Re-féminiser la langue

Féminiser les noms de profession ou d’activité exercée par des femmes.

Appliquer la règle de proximité pour accorder les adjectifs : l’adjectif épithète et le participe passé, s’ils déterminent plusieurs noms, s’accordent en genre et en nombre avec le nom le plus proche. Par exemple : « Armez-vous d’un courage et d’une foi nouvelle. » (Racine, Athalie)

Utiliser des tournures féminines ou neutres plutôt que des termes universels au masculin : plutôt que dire « quelqu’un », parler d’une « personne » ou de « quelqu’une » (moins facile à placer). Plutôt que de parler des « hommes », parlez des « êtres humains ». Plutôt que de lancer « saluts les gars/mecs », envoyez un « salut les gens/salut tout le monde. » pour éviter d’invisibiliser les personnes ne s’identifiant pas comme des hommes.

S’exprimer sans genrer

Eviter de présumer du genre de la personne en face vous. Le plus simple est de lui demander quel(s) pronoms iel souhaite que l’on utilise. Des personnes peuvent être mégenrées en fonction des conceptions que les personnes qui s’adressent à elles tiennent sur ce qu’est censée être une femme, un homme. Eviter de dire « madame » ou « monsieur » dans la rue par exemple, peut permettre d’éviter de commettre des impairs. Certaines personnes ne se reconnaissent pas non plus dans le système binaire des genres : soit homme (il), soit femme (elle). On peut avoir recours à des pronoms non-binaires comme : iel, yel, ille. Ces pronoms sont aussi très pratiques pour désigner plusieurs personnes de genre différent plutôt que d’avoir recours à l’universel masculin pluriel « ils » : iels, yels, illes (utilisable à l’écrit plutôt qu’à l’oral).

Utiliser des accords neutres (ou démasculinisés/féminisés) : par exemple « iels sont venu·e·s ce matin. »

Il existe plusieurs ponctuations possibles selon ce que l’on cherche à mettre en relief ou selon le but recherché. Voici une liste de techniques possibles :

  • le E majuscule (iels sont venuEs ce matin) : insiste sur le E d’accord féminin pour lui donner une visibilité particulière. N’est pas particulièrement neutre.
  • le « / » (iels sont venu/e/s ce matin), généralement peu utilisé car il « casse » la lecture. Il peut cependant être pratique pour féminiser des mots aux tournures féminisées plus longue : traducteur/rice, mais contrairement à d’autres tournures, il ne sort pas d’une certaine binarité.
  • les points (iels sont venu.e.s ce matin), dont un inconvénient est qu’ils peuvent être confondus avec des points de ponctuation de fin de phrase.
  • le tiret (iels sont venu-e-s ce matin)
  • le point médian (iels sont venu·e·s ce matin.), la solution la plus élégante selon moi car discrète et ne coupant pas la lecture, mais qui nécessite d’apprendre un raccourci clavier pour pouvoir le taper.
  • Il y a en général consensus pour ne pas utiliser les parenthèses « iels sont venu(e)s ce matin ».

Contracter des termes : à l’oral, il est possible de prendre le temps de détailler à qui l’on s’adresse : les « spectatrices et les spectateurs ». A l’écrit, il est possible que l’on veuille aller au plus court et que l’on écrive « les spectateurs/rices ». L’inconvénient de ces deux formes est qu’elle reste dans un système binaire de genre.

Une solution qui marche à l’oral comme à l’écrit peut être de contracter les deux formes : « spectateur·ice·s » et même « spectateurices » plus fluide à la lecture.

Avoir recours à des mots épicènes (se terminant par un « e ») : « tu es agréable » pour « tu es gentil·le ».

Reformuler ses phrases pour ne pas avoir recours à des adjectifs : « tu fais preuve de gentillesse » pour « tu es gentil·le ».

Utiliser des participes passés se terminant par une voyelle (à l’oral, la différence entre masculin et féminin ne s’entend pas) : « tu as vaincu·e » plutôt que « tu es victorieux/se ».

Eviter les expressions psychophobes

Parano, schizo, « j’ai halluciné », « t’es un handicapé mental », « non mais t’es sourd ou quoi », etc sont à proscrire. A idiot-e, débile, bête (spéciste), préférer par exemple : stupide, inutile, « fourchette à soupe ».

Insulter sans opprimer

Cet excellent article de l’Echo des sorcières propose une série d’alternatives aux insultes courantes : http://lechodessorcieres.net/insulter-sans-opprimer/

Exemples de jurons :

  • Pétain ! » À la place de putain
  • « Brol », « Aria » pour désigner le désordre plutôt que le putophobe « Bordel » ou les racistes « Souk » et « Bazar ».
  • Pétard de merde !
  • Va marcher sur un Lego.
  • Coupure d’enveloppe.

Ecrire « un noir », « un juif », etc, sans majuscule

Comme l’explique l’article Pourquoi dans la presse française « un noir » prend-il une majuscule du site Une autre histoire ainsi qu’un billet de blog de l’auteur Claude Ribbe intitulé Le médiateur du journal Le Monde avoue croire aux races humaines, il est problématique d’écrire « un noir » avec une majuscule lorsque le mot « noir » est utilisé comme substantif (c’est-à-dire comme nom) car cela revient à valider la notion de race.
« […] la majuscule n’est de règle que lorsqu’un adjectif substantivé désigne une personne en fonction de sa nation (un Français, un Japonais), de son continent (un Africain), de sa ville (un Lyonnais, un Londonien).

Il va de soi que l’adjectif noir employé substantivement ne désigne pas une personne en fonction de sa nation, de son continent ou de sa ville, mais de la couleur de sa peau et que, -dès lors- la minuscule serait préférable, sauf à considérer que la couleur de la peau d’un  individu le ferait d’emblée appartenir à un groupe.

Dire qu’un individu appartient à un groupe par la seule couleur de sa peau, c’est la définition même du racisme. ». Une autre histoire

« L’ouvrage de référence, connu de tous les correcteurs, de tous les journalistes et de tous les auteurs, est Le Bon Usage de Maurice Grévisse (14e édition, 2007, éditions De Boeck-Duculot). Que nous dit-il à ce sujet (p 94) ? « On met souvent une majuscule à des noms qui désignent des groupes humains, par ex. d’après la couleur de leur peau ». Grévisse donne plusieurs exemples littéraires où le mot « noir » prend la majuscule. Ainsi Malraux et Beauvoir mettaient-ils parfois la majuscule à « noir ». Mais c’était il y a cinquante ans et tout le monde pensait alors que la notion de « race» avait une valeur scientifique. Grévisse indique clairement que si on met « souvent » la majuscule, on ne la met ni «toujours» ni «forcément». La «règle d’usage» invoquée par Véronique Maurus est donc une pure invention idéologique qui reflète le fond de sa pensée. Grévisse prend bien soin de donner des exemples où « noir » prend la minuscule, par exemple en citant l’excellent André Pieyre de Mandiargues, qui tenait, comme moi, à la minuscule. Grévisse précise que « l’usage est partagé pour le nom juif ». On remarquera que dans Le Monde, le mot « juif » prend toujours la minuscule. Beauvoir, elle, mettait une majuscule… Bien évidemment, Maurice Grévisse se garde bien d’utiliser le mot de «race» ni même celui d «ethnie» (inventé par le théoricien raciste Vacher de Lapouge). Il est clair qu’on ne peut mettre une majuscule au substantif « noir » ou au substantif « blanc » que si justement on valide la notion de race humaine. » Claude Ribbe

Quelques termes à éviter et des solutions de remplacement

Eviter l’expression « minorités » : on peut utiliser plutôt l’expression « groupe ou personnes minorées » ou « minorisées ». Je reprends ici l’expression proposée par Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) (« minoré·e »), employée et justifiée par l’auteur Pap Ndiaye dans La Condition Noire pour désigner un groupe de personnes qui ont subi des discriminations liées à leur physique (genre/sexe, pigmentation de la peau…), classe sociale, origine réelle ou supposée, sexualité… Le terme “minorité” peut être perçu par les groupes qu’il désigne comme un terme les plaçant dans une situation d’infériorité ou infantilisante (“être mineur-e”) ; ces groupes sociaux pouvant très bien ne pas être en “minorité” démographique. Ndiaye rapporte d’ailleurs que la revendication “We are not a minority” est très présente chez un certain nombre d’Africains-Américain-e-s et de latinos/as aux Etats-Unis.
Eviter l’angliscisme « personnes de couleur » et « minorités visibles » :

Comme l’explique l’auteur d’un article intitulé Pourquoi « noir-e-s » ? publié sur le site Cases Rebelles :

« « De couleur » ça ne veut pas dire grand chose en dehors « d’une autre couleur que les personnes considérées comme blanches » qui ne sont en réalité ni blanches, ni incolores… Encore une fois je peux comprendre l’usage mais c’est complètement centré sur une perception « blanc-he ». Et puis en français, ça me fait souvent au mieux un effet d’anglicisme, au pire une formulation entre euphémisme et/ou mépris. »

Une expression que l’on peut employer à la place sans risquer d’erreur c’est l’expression de « personnes racisées « , qui met l’accent sur le caractère socialement construit de la « race ».

Evitez les termes essentialisants (c’est-à-dire qui réduise des personnes à une seule de leurs dimensions) : Par exemple l’expression « la femme », comme dans « le salon de la femme » : l’expression est essentialisante, c’est-à-dire qu’elle englobe un ensemble de personnes, les femmes, dans une identité unique centrée sur leur sexe ou genre, « la femme ». L’expression est souvent moquée par les féministes en écrivant « LA fâme ». Lorsque l’on parle de l’homme au sens universel, le sens n’est pas le même puisqu’il s’agit de désigner l’humanité entière.

Eviter de parler de « discrimination positive » : la discrimination est une pratique négative et oppressive. Dans le cas de l’« action positive » (de l’anglais affirmative action), le principe est de combler une situation inégalitaire en terme d’accès à l’éducation, à certains postes, etc, due à des discriminations structurelles, institutinnalisées, plutôt que d’attendre qu’un jour, on ne sait pas bien quand, les mentalités changent d’elles-mêmes.

Eviter d’exoticiser : Ce qui est « exotique », par éthymologie du mot, désigne quelque chose d’ « étranger ». Les logiques à l’oeuvre derrière sont souvent problématique puisque que l’on trouve les oppositions : exotique/normal, sauvage/civilisé, colonisé/impérialiste, noir/blanc (le référentiel est centré sur l’Europe et l’Occident).

4. Conclusion et points d’attention

Voilà pour un premier panorama sur le sujet. Evidemment, je n’ai pas abordé tous les cas d’usages, tous les termes problématiques, car pour cela il faudrait des heures. J’ai parlé de langage, à l’écrit ou à l’oral. Mais je n’ai pas posé la question suivante : qui parle, qui écrit ?

Parce que s’il est nécessaire d’être inclusif/ve dans sa manière de parler, de ne pas blesser en s’adressant à une personne, cela n’est pas suffisant. Les discriminations et les oppressions passent aussi par des inégalités d’accès à la parole. Ces inégalités d’accès à la parole permettent évidemment d’alimenter un langage peu inclusif envers les personnes discriminées qui, même si elles remettent en cause se langage, ne seront pas ou peu entendues.

J’aimerais souligner un autre point important : le fait que des personnes peuvent se réapproprier des termes insultants. C’est le cas des termes queer, pédé, gouine, nègre par exemple. Mais cela ne veut pas dire qu’en tant qu’hétéro ou blanc-he on puisse les utiliser avec la même portée politique.

Le pendant de ce constat, c’est qu’en tant que personne qui s’exprime sur un sujet d’un point de vue privilégiée, il convient d’écouter les personnes concernées, et tout spécialement s’il se trouve que l’on est repris-e pour avoir dit quelque chose de problématique. Parce qu’il est normal de faire des erreurs, parce que c’est un travail de déconstruction qui n’est – de mon point de vue – jamais fini. Mais c’est aussi une formidable opportunité pour échanger, expérimenter avec le langage et se le réapproprier.

Sources et liens complémentaires :

  • La langue est piégée, Neg Lyrical : https://youtu.be/0enCG4aE0CU
  • Qui est noirE ?, sur Cases Rebelles : http://www.cases-rebelles.org/qui-est-noir-e/
  • Mes Identités Nationales, Pablo Seban : https://www.youtube.com/watch?v=MIi8QDyZZak
  • L’utilisation du mot « Black » pour les Noir-e-s de France : une insulte sans nom, Pensées En Blancs Cassées, Kel Lam : https://penseesenblancscassees.wordpress.com/2015/07/04/lutilisation-du-mot-black-pour-les-noir-e-s-de-france-une-insulte-sans-nom/
  • Pourquoi est-ce que « espèce de débile ! » n’est pas une insulte à utiliser tranquilou, Coups de gueule de Lau, L’eau rence : https://coupsdegueuledelau.wordpress.com/2015/07/21/pourquoi-est-ce-que-espece-de-debile-nest-pas-une-insulte-a-utiliser-tranquilou/
  • Vous avez dit « enculé » ?, Les Mots Sont Importants, Gaëlle Krikorian : http://lmsi.net/Vous-avez-dit-encule
  • Inculture(s) 1 – La culture : « L’éducation populaire, monsieur, ils n’en ont pas voulu », Franck Lepage : https://www.youtube.com/watch?v=TZCPOvE5oPI
  • Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! Petite histoire des résistances de la langue française, Eliane Viennot
  • Féminiser la langue française, Agora des Savoirs, Eliane Viennot : https://www.youtube.com/watch?v=RdXYGclemm0
  • Bonnes conduites – sur le politiquement correct, Philippe Mangeot : http://lmsi.net/Bonnes-conduites-Premiere-partie et http://lmsi.net/Bonnes-conduites-Deuxieme-partie
  • Sur l’importance du langage : http://lmsi.net/Un-racisme-qui-vient-d-en-haut
  • La « mauvaise langue » des « ghettos linguistiques » : la glottophobie française, une xénophobie qui s’ignore, Jo Arditty & Philippe Blanchet : http://www.reseau-terra.eu/article748.html
  • Mutation du français au contact de l’arabe maghrébin : http://www.dilap.com/contributions/banlieue-beur/beur-vocabulaire.htm et http://www.dilap.com/contributions/banlieue-beur/beur-arabe-francais.htm
  • Le créole, cette langue orpheline, Raphaël Confiant : http://www.montraykreyol.org/article/le-creole-cette-langue-orpheline1e-partie
  • Qu’est-ce que la culture créole ?, Raphaël Confiant : http://www.potomitan.info/atelier/culture.php
  • Collection d’astuces pour s’exprimer sans genrer, sur Comme poussent les pissenlits : http://commepoussentlespissenlits.tumblr.com/post/123597427781/collection-dastuces-pour-sexprimer-sans-genrer
  • Ponctuation des accords neutres, sur Comme poussent les pissenlits : http://commepoussentlespissenlits.tumblr.com/post/125966507026/ponctuation-des-accords-neutres
  • Pourquoi dans la presse française « un noir » prend-il une majuscule, Une autre histoire : http://www.une-autre-histoire.org/pourquoi-dans-la-presse-francaise-un-noir-prend-il-une-majuscule/
  • Le médiateur du journal Le Monde avoue croire aux races humaines, blog de Claude Ribbe : http://claude-ribbe.com/dotclear/index.php?2008/11/17/96-le-mediateur-du-journal-le-monde-avoue-croire-aux-races-humaines
  • Pourquoi « noir-e-s » ?, Cases Rebelles : http://www.cases-rebelles.org/pourquoi-noir-e-s/

One Comment

  1. milù

    Très chouette et hyper documenté, merci!!

    Ayant fait des études de linguistique et trouvé atterrante l’absence quasi totale de politisation des questions de linguistique au sein de ce cursus (trois ans de licence au Mirail, à Toulouse) j’ai un peu creusé ces questions de mon côté…

    en parlant d’inégalité d’accès (dans votre conclusion), j’avais juste envie d’ajouter une piste de réflexion que je trouve importante: l’élitisme de la norme orthographique. Les réactions aux « fautes » orthographiques (je trouve le terme est stupéfiant si on s’y arrête et significatif selon moi de la sacralisation de cette norme) rendent compliqué et douloureux l’échange écrit pour de nombreuses personnes. Les jugements esthétiques (« ça me fait saigner les yeux », « je refuse de répondre sur le fond tant la forme est inacceptable » etc) servent à discréditer de nombreuses tentatives d’expression non-conformes à ces normes pour des raisons diverses, notamment pour certain-es dyslexiques et sans doute d’autres personnes neuroatypiques ou étrangèr-es.

    Et juste on y passe un temps fou à l’école à apprendre à écrire « correctement ». Je trouve ça aberrant.

    J’ai pas pu trouver de chiffres (donc c’est à vérifier, et potentiellement c’est faux) mais une amie orthophoniste me dit que la prévalence de dyslexie est nettement plus forte en francophonie que chez les italophones ou hispanophones où la graphie est quasi toujours motivée phonologiquement. Et puis il y a la difficulté d’apprentissage pour les étrangèr-es, personnellement j’ai donné quelques cours de FLE et qu’est-ce que ça me gêne de devoir dire sans arrêt « la plupart du temps c’est comme ça mais il y a des exceptions »… ou encore « OK bien joué, ça pourrait s’écrire comme ça, mais en fait l’orthographe ‘correcte’ c’est… »

    Bref, un texte que j’aime bien et qui problématise la norme orthographique:
    http://lachaisepliante.canalblog.com/archives/2016/01/29/33287865.html

    Par ailleurs, si ça peut vous intéresser, au sujet du racisme colonialiste des politiques linguistiques françaises, un linguiste occitaniste parle des réactions effarantes à un rapport parlementaire (pourtant très modéré) recommandant de valoriser les langues africaines parlées en France:
    http://taban.canalblog.com/archives/2014/01/03/28843027.html

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